Combien de temps pour poursuivre le notaire qui s’est trompé lors de l’envoi des fonds ?

25 Jan. 2023 | Infos, Veille juridique

La prescription de l’action en responsabilité du notaire ne court pas nécessairement du jour où ce dernier a commis une faute. La responsabilité de l’officier public est subsidiaire. Pour pouvoir poursuivre utilement le notaire, la victime doit prouver que son préjudice est certain.

Les notaires peuvent commettre des erreurs à l’occasion des maniements de fonds pour le compte de leurs clients.

Les maniements de fonds sont des opérations délicates. Elles donnent lieu à des contentieux réguliers, en raison des erreurs que peuvent commettre les officiers publics. Il peut en effet arriver que le notaire se trompe dans la répartition des fonds, ou même en dispose au profit d’une personne qui n’est pas en droit de les percevoir.

C’est ainsi qu’une notaire qui avait été désigné séquestre d’un prix de vente d’immeuble, avec mission de payer des entreprises ayant réalisé des travaux au profit du vendeur, avait remis à ce dernier le solde du prix, alors qu’il aurait dû régler des factures de travaux encore en souffrance.

Toute faute du notaire n’entraîne pas nécessairement sa condamnation à des dommages et intérêts.

Cependant, toute faute ne conduit pas nécessairement à la condamnation du notaire. En matière de responsabilité professionnelle, il faut encore établir l’existence d’un préjudice. La responsabilité du notaire ne peut utilement être poursuivie que si sa faute a fait naître un préjudice.

Si la personne qui a perçu indûment des fonds les restitue, volontairement ou sous la contrainte d’une décision de condamnation, alors le notaire pourra échapper à une condamnation, faute de préjudice.

En conséquence, la victime, avant de se retourner contre l’officier public, doit, au préalable, épuiser ses autres recours.

C’est très exactement ainsi que l’entreprise dont les factures n’avaient pas été payées, avait agi. Elle avait poursuivi le vendeur pour obtenir le paiement de ses factures. Mais le vendeur avait été mis en liquidation judiciaire, et sa tentative avait échoué. Un arrêt avait finalement rejeté ses demandes. Les motifs étaient liés à la rédaction défectueuse de l’acte dressé par le notaire.

La prescription de l’action responsabilité en responsabilité du notaire ne court pas tant que le dommage ne s’est pas manifesté.

L’entreprise s’était donc retournée contre le notaire. Celui-ci lui avait alors opposé la prescription de son action, en faisant valoir que l’erreur contenue dans son acte était apparue dès l’époque de sa signature, de sorte que la prescription courait depuis la date de l’acte. Comme l’entreprise avait perdu plusieurs années en vaines poursuites contre le vendeur, l’action contre le notaire était désormais prescrite.

Cette manière de raisonner n’a pas convaincu la Cour de cassation. Elle répond en précisant que le point de départ de la prescription ne doit pas être fixé à la date de l’acte, mais à la date à laquelle le préjudice s’est manifesté. Le délai pour agir n’était donc pas achevé. La victime ayant engagé la responsabilité du notaire dans les cinq ans de la date de l’arrêt rejetant sa demande contre le vendeur.

La solution est parfaitement fondée. Puisque la responsabilité du notaire est subsidiaire, la prescription ne peut pas courir avant que le préjudice de la victime ne se soit manifesté de manière certaine.

(Cour de cassation, civile, Chambre civile 1, 29 juin 2022, 21-14.633)

Auteur de l’article

Thierry WICKERS
Avocat associé à Elige Bordeaux

0 commentaires

Soumettre un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

En cas de divorce, la personne ayant le moins de revenu a-t-elle le droit à une prestation compensatoire ?

Le divorce entraîne souvent des bouleversements financiers importants, notamment lorsqu'il existe un écart de revenus significatif entre les époux. Vous gagnez moins que votre conjoint et envisagez une séparation. Vous vous interrogez sûrement sur vos droits...

Sous-traitance notariale : ce qui est (vraiment) autorisé en 2026

Le 10 novembre 2025, le Conseil d'État a définitivement validé l'article 2.2 du règlement professionnel du notariat, qui encadre strictement la sous-traitance des activités notariales. Cette jurisprudence met fin à plusieurs années d'incertitude et répond en grande...

Sous-location illégale, quel risque pour Airbnb sur sa plateforme ?

Le 7 janvier 2026, la Cour de cassation a rendu un arrêt jugeant que la société Airbnb n'avait pas la qualité d'hébergeur Internet car elle jouait un rôle actif à l'égard des utilisateurs.Cette décision a fait l'objet d'un communiqué de presse, ce qui signifie que la...

Bulletin Elige – Numéro 11

Découvrez le bulletin Elige n°11consacré à nos avocats en droit de la santé et réparation du préjudice corporel (victimes d'erreurs médicales).Au sommaire de ce nouveau bulletin, on retrouve :PAGE 1Découvrez les avocats des sociétés Elige intervenant en droit de la...

Opérations de paiement non autorisées : quels délais pour agir ?

Un arrêt rendu par la chambre commerciale de la Cour de cassation le 2 juillet 2025 apporte une clarification importante sur l'interprétation de l'article L. 133-24 du Code monétaire et financier. Cette décision, qui met un terme à une divergence d'interprétation des...

Perte de chance : 2 arrêts de l’Assemblée plénière le même jour. Quelle chance !

Par deux arrêts du 27 juin 2025, l'Assemblée plénière de la Cour de cassation a mis fin à une incertitude jurisprudentielle en matière de réparation du préjudice de perte de chance.Elle impose désormais au juge d'indemniser la victime pour une perte de chance...

Le pourboire dématérialisé, une aubaine pour l’URSSAF !

La dématérialisation des paiements, si pratique au quotidien, invite le droit à se pencher sur des usages aussi anciens que le pourboire. La Cour de cassation, dans un arrêt du 5 juin 2025, vient de trancher une question née de cette modernité : quel est le régime...

Assurance COVID : l’hôtel était-il du bon côté de la carte ?

Une décision de la Cour de cassation du 19 juin 2025 vient rappeler aux hôteliers les conditions très strictes pour obtenir l'indemnisation de leurs pertes d'exploitation subies durant la crise sanitaire. Pour les professionnels du secteur, l'enseignement est clair :...

La transparence dans la discipline notariale : encore un effort !

Dans un contexte d'évolution de la déontologie et de la procédure disciplinaire, la publication des décisions disciplinaires est essentielle, mais le syst-me actuel révèle des limites notables.Le cadre légal : un progrès depuis 2022L'ordonnance n° 2022-544 du 13 avril...

Les 5 choses à prendre compte lors d’un divorce ou une séparation

1. La résidence des enfants et l'autorité parentale.La question de la résidence des enfants et de l'exercice de l'autorité parentale est primordiale. Il s'agit de déterminer où vivront les enfants, comment seront organisés les droits de visite et d'hébergement, et...