Le point de départ glissant de la prescription devient la règle

12 Oct. 2023 | Droit bancaire et sûretés, Infos

Le point de départ de la prescription des actions en responsabilité n’est pas toujours le même.

La prescription civile a été profondément réformée par la loi du 17 juin 2008 (https://www.legifrance.gouv.fr/jorf/id/JORFTEXT000019013696).

Les conséquences de la réforme se dévoilent progressivement. En matière de responsabilité bancaire, nous sommes passés d’un système dans lequel le point de départ était fixe, mais où la prescription était longue (dix ans) ; à un système dans lequel la prescription est courte (cinq ans), mais le point de départ mobile ou glissant.

Le point de départ n’est plus nécessairement le jour de la signature du contrat.

Dans le système ancien, la computation des délais était simple : le point de départ de la prescription se confondait avec la signature du contrat de prêt.

Si la loi de 2008 a considérablement réduit la durée de la prescription, elle a remplacé le point de départ fixe par un point de départ glissant.

Le point de départ glissant
devient la règle.

Au début de l’année, la Cour de cassation (Cass., Com., 25 janvier 2023, 20-12.811, Publié au bulletin) a fait application de la règle du point de départ glissant. Elle a fait partir la prescription de la date de l’exigibilité des sommes au paiement desquelles l’emprunteur n’est pas en mesure de faire face (voir notre article sur le sujet en cliquant-ici).

Le 28 juin, elle a rendu deux arrêts dans lesquelles elle applique à nouveau la règle du point de départ glissant.

Le point de départ variable en fonction du cours des monnaies.

Les prêts libellés en devise étrangère ont donné lieu à de nombreux contentieux. S’agissant spécialement des prêts indexés sur le cours du franc suisse, ils ont en effet entraîné des conséquences catastrophiques pour les prêteurs. Il n’est pas question d’aborder ici l’étude de cette jurisprudence dans son ensemble, mais seulement sous l’angle du point de départ glissant.

Au moment où il signe le contrat, l’emprunteur ne sait pas que l’évolution du cours de la monnaie sur laquelle le prêt est indexé va lui être défavorable. Il n’y aurait donc pas de sens à faire partir le délai de cinq ans du jour du contrat.

 » L’action en responsabilité de l’emprunteur à l’encontre du prêteur au titre d’un manquement à son devoir d’information portant sur le fonctionnement concret de clauses d’un prêt libellé en devise étrangère et remboursable en euros et ayant pour effet de faire peser le risque de change sur l’emprunteur se prescrit par cinq ans à compter de la date à laquelle celui-ci a eu connaissance effective de l’existence et des conséquences éventuelles d’un tel manquement. « 

Le point de départ de la prescription est reporté jusqu’au moment où le cours de la monnaie de référence a suffisamment monté pour rendre le paiement des échéances insupportable.

(Cour de cassation, civile, Chambre civile 1, 28 juin 2023, 21-24.720, Publié au bulletin ; https://www.legifrance.gouv.fr/juri/id/JURITEXT000047781156?init=true&page=1&query=21-24.720&searchField=ALL&tab_selection=all – Cour de cassation, civile, Chambre civile 1, 28 juin 2023, Pourvoi n°22-13.969, Publié au bulletin).

Photo de Thierry Wickers, avocats Elige Bordeaux

Auteur de l’article

Thierry WICKERS
Avocat associé à Elige Bordeaux

0 commentaires

Soumettre un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

En cas de divorce, la personne ayant le moins de revenu a-t-elle le droit à une prestation compensatoire ?

Le divorce entraîne souvent des bouleversements financiers importants, notamment lorsqu'il existe un écart de revenus significatif entre les époux. Vous gagnez moins que votre conjoint et envisagez une séparation. Vous vous interrogez sûrement sur vos droits...

Sous-traitance notariale : ce qui est (vraiment) autorisé en 2026

Le 10 novembre 2025, le Conseil d'État a définitivement validé l'article 2.2 du règlement professionnel du notariat, qui encadre strictement la sous-traitance des activités notariales. Cette jurisprudence met fin à plusieurs années d'incertitude et répond en grande...

Sous-location illégale, quel risque pour Airbnb sur sa plateforme ?

Le 7 janvier 2026, la Cour de cassation a rendu un arrêt jugeant que la société Airbnb n'avait pas la qualité d'hébergeur Internet car elle jouait un rôle actif à l'égard des utilisateurs.Cette décision a fait l'objet d'un communiqué de presse, ce qui signifie que la...

Bulletin Elige – Numéro 11

Découvrez le bulletin Elige n°11consacré à nos avocats en droit de la santé et réparation du préjudice corporel (victimes d'erreurs médicales).Au sommaire de ce nouveau bulletin, on retrouve :PAGE 1Découvrez les avocats des sociétés Elige intervenant en droit de la...

Opérations de paiement non autorisées : quels délais pour agir ?

Un arrêt rendu par la chambre commerciale de la Cour de cassation le 2 juillet 2025 apporte une clarification importante sur l'interprétation de l'article L. 133-24 du Code monétaire et financier. Cette décision, qui met un terme à une divergence d'interprétation des...

Perte de chance : 2 arrêts de l’Assemblée plénière le même jour. Quelle chance !

Par deux arrêts du 27 juin 2025, l'Assemblée plénière de la Cour de cassation a mis fin à une incertitude jurisprudentielle en matière de réparation du préjudice de perte de chance.Elle impose désormais au juge d'indemniser la victime pour une perte de chance...

Le pourboire dématérialisé, une aubaine pour l’URSSAF !

La dématérialisation des paiements, si pratique au quotidien, invite le droit à se pencher sur des usages aussi anciens que le pourboire. La Cour de cassation, dans un arrêt du 5 juin 2025, vient de trancher une question née de cette modernité : quel est le régime...

Assurance COVID : l’hôtel était-il du bon côté de la carte ?

Une décision de la Cour de cassation du 19 juin 2025 vient rappeler aux hôteliers les conditions très strictes pour obtenir l'indemnisation de leurs pertes d'exploitation subies durant la crise sanitaire. Pour les professionnels du secteur, l'enseignement est clair :...

La transparence dans la discipline notariale : encore un effort !

Dans un contexte d'évolution de la déontologie et de la procédure disciplinaire, la publication des décisions disciplinaires est essentielle, mais le syst-me actuel révèle des limites notables.Le cadre légal : un progrès depuis 2022L'ordonnance n° 2022-544 du 13 avril...

Les 5 choses à prendre compte lors d’un divorce ou une séparation

1. La résidence des enfants et l'autorité parentale.La question de la résidence des enfants et de l'exercice de l'autorité parentale est primordiale. Il s'agit de déterminer où vivront les enfants, comment seront organisés les droits de visite et d'hébergement, et...