La chasse au trésor et ses règles

10 Août. 2021 | Veille juridique

Tout le monde a participé, un jour ou l’autre à une chasse au trésor. Même si trouver un véritable trésor est assurément beaucoup plus rare, il n’est pas inutile de connaître les règles qui s’appliquent, à cette occasion. Le cas est prévu par l’article 716 du code civil.

Ce texte définit d’abord la notion de trésor. Un trésor est une chose cachée ou enfouie sur laquelle personne ne peut justifier sa propriété, et qui est découverte par le pur effet du hasard.

En conséquence, celui qui déterre les économies de son voisin, que celui-ci a caché dans son jardin, n’a pas trouvé un trésor. Et surtout pas s’il avait vu son voisin creuser le trou et y placer ses économies. Si vous trouvez un trésor chez vous, il est à vous. En revanche, lorsque l’inventeur du trésor, c’est à dire la personne qui le découvre, n’est pas le propriétaire du lieu, alors le trésor devra être partagée à égalité entre l’inventeur et le propriétaire.

Un arrêt de la Cour de cassation du 16 juin 2021 nous montre que les choses ne sont pas toujours simples. A l’occasion d’un chantier de construction, deux ouvriers découvrent fortuitement 34 lingots d’or. La pelle d’un premier ouvrier avait heurté une dalle de béton dans le coin d’une pièce. Cependant, il n’était pas allé plus loin, et il avait fait appel à un collègue pour percer la dalle, sous laquelle se trouvait le trésor.

Chasse aux trésor A la suite de cette découverte, une transaction va être signée entre le propriétaire de premier part, les deux ouvriers de seconde part, et l’employeur, le directeur technique et le chef d’équipe de troisième part. La transaction attribue 19 lingots au propriétaire. Les quinze autres lingots reviennent aux quatre salariés et à leur employeur. Lors de la vente de ces quinze lingots, chacun des inventeurs reçoit finalement 30,86% du prix. Après quoi, l’ouvrier qui avait donné le premier coup de pelle conteste l’accord. Il prétend qu’il ne peut exister qu’un seul inventeur, et qu’il a droit à 50% du trésor. Il va obtenir gain de cause, mais pas totalement.

Pour la Cour de cassation, il peut parfaitement y avoir plusieurs inventeurs du trésor. L’ouvrier qui avait donné le coup de pelle devait bien partager avec son collègue. En revanche, la Cour de cassation rappelle qu’une transaction n’est valable que si elle comporte des concessions réciproques. Il ne faut pas qu’elle se contente d’attribuer des avantages sans contrepartie à certains des signataires.

Or l’article 716 prévoit un partage égalitaire entre le propriétaire et le ou les co-inventeurs du trésor.
Il n’y avait aucune raison pour que le propriétaire reçoive plus de 17 lingots, sans aucune contrepartie.
Il n’y avait pas non plus de raison pour que l’employeur, le directeur technique et le chef de chantier participent au partage.

De nouveau, les co-inventeurs abandonnaient une partie de leurs droits, sans rien recevoir en échange. La transaction est donc annulée. 17 lingots doivent revenir au propriétaire et les deux co-inventeurs doivent se partager les 17 autres.

Voilà vous savez tout. Et maintenant, bonne chasse au trésor.

Par Thierry WICKERS – Elige Bordeaux

0 commentaires

Soumettre un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Rupture de convention d’honoraires : la clause pénale encadrée

La liberté du client de mettre fin au mandat de son avocat constitue un principe fondamental, corollaire de la relation de confiance intuitu personae. Pourtant, la pratique des conventions d'honoraires au forfait conduit fréquemment à l'insertion de clauses...

OFFRE EMPLOI – Collaborateur(trice) en droit bancaire et de la consommation, droit des contrats et droit pénal

La société d'avocats Elige Bordeaux recruteun(e) collaborateur(trice) en Droit bancaire et de la consommation, droit des contrats et droit pénal.La société d’avocats Elige Bordeaux, située au coeur de Bordeaux, fait partie d’une société inter-barreaux...

Acte de vente notarié : combien de temps pour le rectifier ?

Par un arrêt du 16 avril 2026, publié au Bulletin (n° 24-22.365), la troisième chambre civile de la Cour de cassation a posé, pour la première fois de façon aussi nette, que l'action en rectification d'un acte notarié de vente immobilière est une action personnelle,...

Un commissaire de justice peut désormais faire appel de la décision rendue sur son rappel à l’ordre

Rappel à l'ordre d'un commissaire de justice : la décision du président de la chambre de discipline est susceptible d'appel.Par un arrêt de principe publié au Bulletin, la première chambre civile de la Cour de cassation tranche, pour la première fois depuis l'entrée...

Fraude bancaire : quels recours contre la banque après un virement autorisé ?

Lorsqu’un client est victime d’une fraude bancaire, la question du remboursement par la banque se pose immédiatement. Mais que se passe-t-il lorsque les virements ont été autorisés par le titulaire du compte lui-même, notamment dans des situations de fraude affective...

Paiement non autorisé : quels sont les délais pour agir ?

Dans quel délai l’utilisateur doit-il dénoncer une opération de paiement non autorisée ? C’est la question tranchée par la Chambre commerciale de la Cour de cassation, dans un arrêt du 14 janvier 2026.Un litige bancaire aux enjeux procéduraux majeursLa société...

Etat des lieux de sortie : les bons réflexes à avoir

Relations tendues entre propriétaire et locataire d'un bail à usage d'habitation ? Voici quelques réflexes à adopter au moment de l'état des lieux pour aborder ce moment sereinement.Les relations entre bailleurs et locataires ne sont pas toujours un long fleuve...

Fraude non détectée par l’auditeur dans les comptes d’une entreprise : qui peut obtenir réparation ?

Le commissaire aux comptes ne répond pas seulement de ses actes envers la société qu'il contrôle, mais aussi envers les tiers qui auraient subi un préjudice du fait de ses fautes ou négligences.Les faits : une fraude non détectée pendant douze ansLes commissaires aux...

Conclusions d’appel : augmenter sa demande, un piège à éviter !

Le 11 septembre 2025, la 2ème Chambre civile de la Cour de cassation a rendu un arrêt passé presque inaperçu (N° 22-20.458), alors que la solution dégagée est de nature à constituer un nouvel obstacle pour les praticiens de la procédure d’appel.Les faits étaient...

Surendettement et prescription biennale : suspension ou interruption ?

Un arrêt du 23 octobre 2025, apporte une clarification majeure pour la gestion des dossiers de crédit en situation de surendettement. Il impose aux établissements de crédit une vigilance accrue dans le calcul des délais de prescription.Les faits et la...