Construire sur le terrain d’autrui

23 Mar. 2022 | Infos

Construire sur le terrain d’autrui, c’est nécessairement prendre un risque, puisque la règle générale fixée par le code civil (article 551) est fort simple : le propriétaire du terrain devient automatiquement propriétaire des constructions édifiées sur son terrain.

A partir de là, que peut faire la personne qui a ainsi construit sur le terrain d’un tiers, et dans quels cas peut-elle obtenir une indemnisation pour cela ?

Construire sur le terrain d’autrui : le cas des entrepreneurs

Il y a bien entendu un cas qui ne pose aucun problème, c’est celui de l’entrepreneur à qui l’on a demandé, en vertu d’un contrat, de réaliser une construction, ou encore des modifications ou des améliorations à une construction existante. Le propriétaire du terrain devra payer le prix convenu.

Construire sur le terrain d’autrui en l’absence de contrat

Les choses se compliquent lorsque le constructeur ne peut invoquer aucun contrat avec le propriétaire du terrain.

Le propriétaire du terrain est en effet toujours en droit d’exiger la suppression des constructions, si elles ne l’intéressent pas. Dans ce cas le constructeur ne reçoit aucune indemnité, il doit payer les frais de démolition, et il peut même être condamné à des dommages-intérêts.

Mais il peut aussi arriver que le propriétaire du terrain préfère garder les constructions.

Dans cette hypothèse, le propriétaire du terrain devra indemniser le constructeur, dans les conditions prévues par l’article 555 du code civil, en lui versant, à son choix « soit une somme égale à celle dont le fonds a augmenté de valeur, soit le coût des matériaux et le prix de la main-d’oeuvre estimés à la date du remboursement, compte tenu de l’état dans lequel se trouvent lesdites constructions, plantations et ouvrages. »

Construire sur le terrain de son concubin

M. X avait vécu pendant plusieurs années avec Mme Y, et pendant leur période de concubinage, il avait réalisé des améliorations à la maison dans laquelle vivait le couple, dont il se trouvait qu’elle était édifiée sur un terrain appartenant à Mme Y.

Après la séparation du couple, M. X a réclamé une indemnisation fondée sur le prix des matériaux qu’il avait achetés et sur celui de la main-d’oeuvre correspondant à sa participation personnelle. Il était tout à fait confiant dans le résultat, compte tenu des dispositions de l’article 555 : puique Mme Y voulait garder le bénéfice des constructions, elle devait lui régler une indemnité.

Il avait convaincu la cour d’appel de son bon droit, et celle-ci avait ordonné une expertise afin de déterminer le montant de l’indemnité à laquelle M. X pouvait prétendre pour sa participation à la construction de la villa, basée sur le coût des matériaux et le prix de la main d’oeuvre compte tenu de l’état actuel des constructions et ouvrages.

Pas si simple, répond la Cour de cassation. En cas de concubinage, aucune disposition légale ne règle la contribution des concubins aux charges de la vie commune. En conséquence, le principe est que chacun des concubins doit, en principe, supporter les dépenses de la vie courante qu’il a engagées.

Lorsqu’un des concubins réalise des travaux sur un immeuble appartenant à l’autre, il faut donc se demander s’il n’est pas seulement en train de s’acquitter de sa part dans les dépenses du couple.

Le concubin ne pourra prétendre à l’indemnité prévue par l’article 555 que s’il justifie que les dépenses de construction viennent en complément de sa participation dans les dépenses du ménage.

(Source : Cour de cassation, Civ. 1ère, 9 fèvrier 2022, 20-22.533, https://www.legifrance.gouv.fr/juri/id/JURITEXT000045167434)

Auteur de l’article

Thierry WICKERS
Avocat associé à Elige Bordeaux

bordeaux@elige-avocats.com 

0 commentaires

Soumettre un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Fraude bancaire : quels recours contre la banque après un virement autorisé ?

Lorsqu’un client est victime d’une fraude bancaire, la question du remboursement par la banque se pose immédiatement. Mais que se passe-t-il lorsque les virements ont été autorisés par le titulaire du compte lui-même, notamment dans des situations de fraude affective...

Paiement non autorisé : quels sont les délais pour agir ?

Dans quel délai l’utilisateur doit-il dénoncer une opération de paiement non autorisée ? C’est la question tranchée par la Chambre commerciale de la Cour de cassation, dans un arrêt du 14 janvier 2026.Un litige bancaire aux enjeux procéduraux majeursLa société...

Etat des lieux de sortie : les bons réflexes à avoir

Relations tendues entre propriétaire et locataire d'un bail à usage d'habitation ? Voici quelques réflexes à adopter au moment de l'état des lieux pour aborder ce moment sereinement.Les relations entre bailleurs et locataires ne sont pas toujours un long fleuve...

Fraude non détectée par l’auditeur dans les comptes d’une entreprise : qui peut obtenir réparation ?

Le commissaire aux comptes ne répond pas seulement de ses actes envers la société qu'il contrôle, mais aussi envers les tiers qui auraient subi un préjudice du fait de ses fautes ou négligences.Les faits : une fraude non détectée pendant douze ansLes commissaires aux...

Conclusions d’appel : augmenter sa demande, un piège à éviter !

Le 11 septembre 2025, la 2ème Chambre civile de la Cour de cassation a rendu un arrêt passé presque inaperçu (N° 22-20.458), alors que la solution dégagée est de nature à constituer un nouvel obstacle pour les praticiens de la procédure d’appel.Les faits étaient...

Surendettement et prescription biennale : suspension ou interruption ?

Un arrêt du 23 octobre 2025, apporte une clarification majeure pour la gestion des dossiers de crédit en situation de surendettement. Il impose aux établissements de crédit une vigilance accrue dans le calcul des délais de prescription.Les faits et la...

OFFRE EMPLOI – Collaborateur(trice) en Droit des Affaires à Bordeaux

La société d'avocats Elige Bordeaux recruteun(e) collaborateur(trice) en Droit des Affaires.La société d’avocats Elige Bordeaux, située au coeur de Bordeaux, fait partie d’une société inter-barreaux pluridisciplinaire ancrée sur l'ensemble du territoire de la...

Paiement d’une dette prescrite : peut-on être remboursé ?

Payer une dette ancienne alors que le délai du créancier pour agir est dépassé empêche, en principe, d'en demander le remboursement. A une condition : si le paiement a été réalisé sous la contrainte, même par le biais de voies de droit légales, le débiteur peut...

Perte de la servitude de passage après 30 ans : comment l’éviter ?

Une servitude de passage peut disparaître par le seul effet du temps si elle n’est pas matériellement utilisée pendant trente ans. Un arrêt rendu le 15 janvier 2026 par la troisième chambre civile de la Cour de cassation permet de mieux cerner les actions à mener,...

Fin de pension alimentaire : dans quels cas pour un enfant majeur ?

Peu importe la majorité de l'enfant, le parent débiteur d'une pension alimentaire doit continuer d'en honorer le paiement jusqu'à l'autonomie financière de l'enfant.Pension enfant majeur : qu'entend-on par autonomie financière ?Aux termes de l’article 371-2 du Code...