Sous-location illégale, quel risque pour Airbnb sur sa plateforme ?

15 Jan. 2026 | Elige Bordeaux, Infos

Le 7 janvier 2026, la Cour de cassation a rendu un arrêt jugeant que la société Airbnb n’avait pas la qualité d’hébergeur Internet car elle jouait un rôle actif à l’égard des utilisateurs.

Cette décision a fait l’objet d’un communiqué de presse, ce qui signifie que la haute juridiction a voulu lui conférer une portée bien plus large que celle destinée aux seuls professionnels du droit.

De quoi s’agissait-il ?

Il est de principe qu’un locataire n’a le droit de sous-louer son logement que si son propriétaire lui en a donné l’autorisation par écrit. Par conséquent, que se passe-t-il lorsque le locataire enfreint cette règle en ayant recours à la société Airbnb pour proposer le bien en courte durée à des voyageurs ?

Tout l’enjeu du dossier soumis à la Cour de cassation résidait dans la perception des loyers de la sous-location. Puisque celle-ci était interdite, le locataire devait être condamné à rétrocéder au propriétaire les sommes qu’il avait perçues à ce titre.

Airbnb peut-il vraiment contrôler des sous-locations illégales sur sa plateforme ?

Devait-il cependant en être de même de la société Airbnb, alors qu’elle n’avait évidemment pas été destinataire des sous-loyers et qu’elle ne pouvait donc matériellement les restituer ?
Le Tribunal l’avait condamnée avec le locataire à verser au propriétaire les loyers perçus de la sous-location mais la Cour d’Appel n’avait pas suivi. Cette dernière refusant de mettre une quelconque somme à la charge de la société Airbnb parce qu’elle considérait qu’elle avait la qualité de simple hébergeur Internet.

Pour mémoire, l’hébergeur Internet est celui qui offre une possibilité de stockage de contenus numériques (textes, images…) et d’accès public à ces contenus en ligne.
Or, un hébergeur Internet ne peut être tenu pour responsable, sur le plan civil, du contenu stocké sur sa plateforme s’il n’a pas eu connaissance de son caractère illicite.

La Cour de cassation devait donc déterminer si la société Airbnb était un hébergeur Internet, insusceptible alors de condamnation au paiement des loyers tirés de la sous-location, ou si, au contraire, elle jouait un rôle actif à l’égard des utilisateurs, lui permettant d’avoir connaissance et de contrôler les offres déposées sur sa plateforme.
C’est la deuxième option qui a été choisie par la haute juridiction.

Par conséquent, Airbnb est passible d’une condamnation

En effet, la société Airbnb ne se limite pas à fournir de façon neutre un service purement technique et automatique de stockage et de mise à disposition de données fournies par ses clients.

Au contraire, elle s’immisce dans la relation entre ceux qui proposent les locations et les voyageurs. D’une part, en leur imposant de suivre un ensemble de règles, notamment lors de la publication de l’annonce, dont elle est à même de vérifier le respect, et, d’autre part, en promouvant certaines offres, exerçant ainsi une influence sur le comportement des utilisateurs.
La qualité de simple hébergement Internet exclue, la société Airbnb est donc passible d’une condamnation à payer au propriétaire une somme équivalente aux loyers perçus par le locataire d’une sous-location illégale.

Source : C.Cass., Com., 7 janvier 2026, N° 24-13.163

Photo de Thierry Wickers, avocats Elige Bordeaux

Auteur de l’article

Florence SIX
Avocat associé à Elige Bordeaux

0 commentaires

Soumettre un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Bulletin Elige – Numéro 11

Découvrez le bulletin Elige n°11consacré à nos avocats en droit de la santé et réparation du préjudice corporel (victimes d'erreurs médicales).Au sommaire de ce nouveau bulletin, on retrouve :PAGE 1Découvrez les avocats des sociétés Elige intervenant en droit de la...

Opérations de paiement non autorisées : quels délais pour agir ?

Un arrêt rendu par la chambre commerciale de la Cour de cassation le 2 juillet 2025 apporte une clarification importante sur l'interprétation de l'article L. 133-24 du Code monétaire et financier. Cette décision, qui met un terme à une divergence d'interprétation des...

Perte de chance : 2 arrêts de l’Assemblée plénière le même jour. Quelle chance !

Par deux arrêts du 27 juin 2025, l'Assemblée plénière de la Cour de cassation a mis fin à une incertitude jurisprudentielle en matière de réparation du préjudice de perte de chance.Elle impose désormais au juge d'indemniser la victime pour une perte de chance...

Le pourboire dématérialisé, une aubaine pour l’URSSAF !

La dématérialisation des paiements, si pratique au quotidien, invite le droit à se pencher sur des usages aussi anciens que le pourboire. La Cour de cassation, dans un arrêt du 5 juin 2025, vient de trancher une question née de cette modernité : quel est le régime...

Assurance COVID : l’hôtel était-il du bon côté de la carte ?

Une décision de la Cour de cassation du 19 juin 2025 vient rappeler aux hôteliers les conditions très strictes pour obtenir l'indemnisation de leurs pertes d'exploitation subies durant la crise sanitaire. Pour les professionnels du secteur, l'enseignement est clair :...

La transparence dans la discipline notariale : encore un effort !

Dans un contexte d'évolution de la déontologie et de la procédure disciplinaire, la publication des décisions disciplinaires est essentielle, mais le syst-me actuel révèle des limites notables.Le cadre légal : un progrès depuis 2022L'ordonnance n° 2022-544 du 13 avril...

Les 5 choses à prendre compte lors d’un divorce ou une séparation

1. La résidence des enfants et l'autorité parentale.La question de la résidence des enfants et de l'exercice de l'autorité parentale est primordiale. Il s'agit de déterminer où vivront les enfants, comment seront organisés les droits de visite et d'hébergement, et...

Bulletin Elige – Numéro 10

Découvrez le bulletin Elige n°10consacré à nos avocats en Droit de la famille, des personnes et du patrimoine.Au sommaire de ce nouveau bulletin, on retrouve :PAGE 1Découvrez les avocats des sociétés Elige intervenant en Droit de la famille, des personnes et du...

L’IA juridique face au droit d’auteur, qu’en est-il vraiment ?

L'IA juridique face au droit d'auteur : la décision Thomson Reuters c/ Ross rebat les cartes.Le 11 février 2025, le tribunal fédéral du Delaware a rendu une décision qui fait l'effet d'un coup de tonnerre dans le monde de la LegalTech. L'affaire Thomson Reuters c/...

Rémunération des syndics de copropriété : rappel des règles du jeu !

La cour de cassation rappelle les règles du jeu en matière de rémunération des syndics de copropriété.Dans un arrêt rendu le 27 février 2025, la Cour de cassation vient de clarifier des points importants concernant la rémunération des syndics et les droits des...