En cas de divorce, la personne ayant le moins de revenu a-t-elle le droit à une prestation compensatoire ?

27 Jan. 2026 | Elige Limoges, Infos

Le divorce entraîne souvent des bouleversements financiers importants, notamment lorsqu’il existe un écart de revenus significatif entre les époux. Vous gagnez moins que votre conjoint et envisagez une séparation. Vous vous interrogez sûrement sur vos droits financiers. La prestation compensatoire constitue un mécanisme juridique essentiel destiné à rééquilibrer les situations après un divorce.

Qu’est-ce qu’une prestation compensatoire ?

Cette somme vise à compenser, autant qu’il est possible, la disparité de niveau de vie créée par la rupture du mariage. Elle est versée par l’un des époux qui disposent de revenus plus importants.

Les critères retenus par le juge pour caractériser une prestation compensatoire

Aux termes des dispositions de l’article 271 du Code Civil :

« La prestation compensatoire est fixée selon les besoins de l’époux à qui elle est versée et les ressources de l’autre. Elle tient compte de la situation au moment du divorce et de l’évolution de celle-ci dans un avenir prévisible. »

A cet effet, le juge prend en considération notamment :

    • La durée du mariage ;
    • L’âge et l’état de santé des époux ;
    • Leur qualification et leur situation professionnelle ;
    • Les conséquences des choix professionnels faits pour l’un des époux pendant la vie communce pour l’éducation des enfants et du temps qu’il faudra encore y consacrer ou pour favoriser la carrière de son conjoint au détriment de la sienne ;
    • Le patrimoine estimé ou prévisible des époux, tant en capital qu’en revenu après la liquidation du régime matrimonial ;
    • Leurs droits existants et prévisibles ;
    • Leur situation respective des époux concernant leurs retraites. Il doit estimer la perte de droits subie par l’époux demandeur. Cette diminution est évaluée selon les sacrifices faits durant le mariage.

Sur la jurisprudence constante : le sacrifice professionnel, critère déterminant dans la fixation de la prestation compensatoire.

La prestation compensatoire est fondée sur l’existence d’une disparité dans les conditions de vie respectives des époux créée par la rupture du mariage. La prestation compensatoire est, principalement, de nature indemnitaire ; considéré comme permettant de rétablir un certain équilibre rompu par un investissement inégal dans les activités domestiques.

De plus en plus souvent, l’indemnisation est refusée sans preuve de sacrifice professionnel. Il faut démontrer un renoncement pour les enfants ou la carrière du conjoint. Si l’écart de revenus des époux trouve son origine dans une différence de qualification professionnelle qui préexistait au mariage, il n’y a donc pas lieu à compensation.

La jurisprudence ne se contente pas d’une comparaison objective des revenus. La disparité doit provenir d’un renoncement à des ambitions professionnelles. C’est l’investissement au foyer qui doit créer ce déséquilibre financier. La réparation des inégalités liées aux investissements différenciés des époux dans les activités domestiques est ainsi dominante.

L’un des époux a le droit à une prestation compensatoire si la situation financière de l’un des époux est plus favorable que celle de l’autre, et s’il est démontré le lien de causalité entre la rupture du mariage et cette différence de revenus.

L’importance de la date du jugement de divorce pour déterminer la disparité des situations financières entre les époux.

Important : la disparité dans les situations financières des époux est prise en compte à la date où le juge statut pour prononcer le divorce.

Aussi, si durant la procédure de divorce une épouse qui n’avait pas de travail et ne percevait quasiment aucun revenu trouve un emploi et perçoit, ainsi des revenus plus importants, cela réduit la disparité des situations financières. Le montant de la prestation compensatoire qui pourrait être octroyée est alors réduit.

Photo de Jean Valière-Vialeix, avocat associé chez Elige Limoges

Auteur de l’article

Jean Valière-Vialeix
Avocat associé à Elige Limoges

0 commentaires

Soumettre un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Fraude bancaire : quels recours contre la banque après un virement autorisé ?

Lorsqu’un client est victime d’une fraude bancaire, la question du remboursement par la banque se pose immédiatement. Mais que se passe-t-il lorsque les virements ont été autorisés par le titulaire du compte lui-même, notamment dans des situations de fraude affective...

Paiement non autorisé : quels sont les délais pour agir ?

Dans quel délai l’utilisateur doit-il dénoncer une opération de paiement non autorisée ? C’est la question tranchée par la Chambre commerciale de la Cour de cassation, dans un arrêt du 14 janvier 2026.Un litige bancaire aux enjeux procéduraux majeursLa société...

Etat des lieux de sortie : les bons réflexes à avoir

Relations tendues entre propriétaire et locataire d'un bail à usage d'habitation ? Voici quelques réflexes à adopter au moment de l'état des lieux pour aborder ce moment sereinement.Les relations entre bailleurs et locataires ne sont pas toujours un long fleuve...

Fraude non détectée par l’auditeur dans les comptes d’une entreprise : qui peut obtenir réparation ?

Le commissaire aux comptes ne répond pas seulement de ses actes envers la société qu'il contrôle, mais aussi envers les tiers qui auraient subi un préjudice du fait de ses fautes ou négligences.Les faits : une fraude non détectée pendant douze ansLes commissaires aux...

Conclusions d’appel : augmenter sa demande, un piège à éviter !

Le 11 septembre 2025, la 2ème Chambre civile de la Cour de cassation a rendu un arrêt passé presque inaperçu (N° 22-20.458), alors que la solution dégagée est de nature à constituer un nouvel obstacle pour les praticiens de la procédure d’appel.Les faits étaient...

Surendettement et prescription biennale : suspension ou interruption ?

Un arrêt du 23 octobre 2025, apporte une clarification majeure pour la gestion des dossiers de crédit en situation de surendettement. Il impose aux établissements de crédit une vigilance accrue dans le calcul des délais de prescription.Les faits et la...

OFFRE EMPLOI – Collaborateur(trice) en Droit des Affaires à Bordeaux

La société d'avocats Elige Bordeaux recruteun(e) collaborateur(trice) en Droit des Affaires.La société d’avocats Elige Bordeaux, située au coeur de Bordeaux, fait partie d’une société inter-barreaux pluridisciplinaire ancrée sur l'ensemble du territoire de la...

Paiement d’une dette prescrite : peut-on être remboursé ?

Payer une dette ancienne alors que le délai du créancier pour agir est dépassé empêche, en principe, d'en demander le remboursement. A une condition : si le paiement a été réalisé sous la contrainte, même par le biais de voies de droit légales, le débiteur peut...

Perte de la servitude de passage après 30 ans : comment l’éviter ?

Une servitude de passage peut disparaître par le seul effet du temps si elle n’est pas matériellement utilisée pendant trente ans. Un arrêt rendu le 15 janvier 2026 par la troisième chambre civile de la Cour de cassation permet de mieux cerner les actions à mener,...

Fin de pension alimentaire : dans quels cas pour un enfant majeur ?

Peu importe la majorité de l'enfant, le parent débiteur d'une pension alimentaire doit continuer d'en honorer le paiement jusqu'à l'autonomie financière de l'enfant.Pension enfant majeur : qu'entend-on par autonomie financière ?Aux termes de l’article 371-2 du Code...