Quelle est la responsabilité de l’Etat en cas d’émeutes et de dégradations ?

1 Juil. 2024 | Droit public, Infos

L’actualité nous amène à nous interroger sur les modalités de réparation de dégâts causés à la suite d’émeutes.

En cas de dégradations de vos biens ou d’atteinte de votre personne, la première réaction est de déposer plainte afin qu’une enquête puisse déterminer qui sont les auteurs des infractions commises et tenter d’obtenir réparation à leur encontre.

Cette démarche et indispensable de même qu’une déclaration auprès de votre compagnie d’assurances.

Néanmoins, vous ignorez peut-être que vous disposez d’un recours contre l’Etat devant les juridictions administratives.

Au terme de l’article L. 211-10 du code de la sécurité intérieure « l’Etat est civilement responsable des dégâts et dommages résultant des crimes et délits commis à force ouverte ou par violence, par des attroupements ou rassemblements armés ou non armés, soit contre les personnes, soit contre les biens… ».

Il est important de souligner que cette responsabilité s’étend également à la réparation des dégâts et dommages provoqués par l’intervention des forces de l’ordre contre les membres d’attroupement ou de rassemblement.

Mais qu’est ce qui définit réellement un attroupement ?

Un arrêt du Conseil d’Etat en date du 31 mai 2024 vient rappeler en premier lieu la définition d’un attroupement.

Selon les termes de l’article L. 211-9 du code de la sécurité intérieure, un attroupement au sens de l’article 431-3 du code pénal est tout rassemblement de personnes sur la voie publique ou dans un lieu public susceptible de troubler l’ordre public.

Toute fois, il a été jugé par le conseil d’état, le 11 octobre 2023, que des actes commis indépendamment d’une manifestation, étaient imputables à un groupe de salariés structuré à la seule fin de les commettre et ne pouvaient constituer un attroupement au sens de l’article L. 211-10 du code de la sécurité intérieure.

Attention aux imprudences qui exonérent l’Etat de sa responsabilité.

De même, l’arrêt du 31 mai 2024, le Conseil d’Etat a considéré qu’avait commis une imprudence de nature à exonérer l’Etat de sa responsabilité, le photographe qui s’était volontairement maintenu à proximité immédiat d’affrontements violents qui ont duré plusieurs heures et a été blessé par l’usage de grenades lacrymogènes dont il a été fait usage après avoir procédé aux sommations réglementaires. Cette imprudence était de nature à exonérer l’Etat de sa responsabilité.

La Cour d’appel de Toulouse par un arrêt en date du 2 avril 2024, dans une situation différente, a rappelé que les dispositions de l’article L. 211-10 étaient subordonnées à la condition que les dommages dont l’indemnisation est demandée résultent de manière directe et certaine de crimes ou de délits déterminés, commis par des rassemblements ou attroupements précisément identifiés.

Dans le cas d’espèce, il s’agissait de manifestations de gilets jaunes ayant entraîné l’inaccessibilité pendant une longue durée d’un centre commercial par blocage du carrefour giratoir y menant, ayant par ailleurs procédé à des dégradations en pénétrant de force dans l’hypermarché.

La tentative d’intrusion s’est produite à 10h20 du matin et les forces de l’ordre ne se sont présentées sur le site qu’à 14h00 pour sécuriser la sortie des clients.

Si la Cour d’appel considére fonder l’action de l’hypermarché pour obtenir indemnisation de son préjudice, elle retient que les documents permettant de déterminer le montant de l’indemnisation ne sont pas produits.

Elle organise sur ce point un supplément d’instructions tendant à obtenir communication des extraits de la comptabilité de la société portant sur le chiffre d’affaires et les éléments permettant de déterminer le taux de marge net sur la période considérée.

Réunir rapidement des preuves et lancer les démarches juridiques.

Dans de telles circonstances, il apparaît nécessaire, lors d’événements de ce type, de faire au plus vite constater les dégâts par l’intermédiaire d’un constat d’un commissaire de justice. Il faudra ensuite déposer une plainte du fait des dégradations volontaires.

Il convient de se prémunir des preuves démontrant le lien de causalité entre l’attroupement en cause et les préjudices subis.

Par ailleurs, il apparaît également nécessaire de faire établir des documents démontrant, par la production de devis, factures ou autres éléments, les préjudices matériels subis ainsi que les préjudices immatériels résultant des pertes d’exploitation encourues.

Il est également utile de recueillir tous les témoignages possibles sur les circonstances des événements en cause. Ce travail doit être réalisé de façon urgente sitôt la constatation des dégradations effectuées. Le but étant que la juridiction saisie dispose des éléments permettant d’apprécier le préjudice indemnisable.

Avocat Daniel Lasserre de la société Elige Bordeaux

Auteur de l’article

Daniel LASSERRE
Avocat associé à Elige Bordeaux

0 commentaires

Soumettre un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Notaires et conflits d’intérêts : comment protéger votre office du risque pénal

Une récente décision de la Cour de cassation transforme le simple conflit d'intérêts notarial en un délit pénal de prise illégale d'intérêts. Décryptage de cet arrêt majeur du 21 janvier 2026 et des actions immédiates à déployer pour sécuriser votre étude.Un risque...

Fraude au paiement par téléphone : à la fin, qui paie la facture ?

Vous avez donné votre numéro de carte pour réserver un hôtel et avez été débité à tort ? Bonne nouvelle : la Cour de cassation vient de renforcer la protection des consommateurs face aux fraudes.Donner son numéro de carte bancaire par téléphone pour réserver une...

La servitude de passage : comment ça fonctionne ?

La servitude de passage est un droit réel encadré par le Code civil qui permet au propriétaire d'un terrain enclavé d'accéder à la voie publique en traversant la parcelle d'un voisin. Comprendre ses fondements juridiques, les modalités de sa création et les...

Blessure au Squash : du court à la cour, qui est responsable ?

Vous avez été blessé au squash ? Vous avez désormais une vraie chance d'obtenir réparation sans prouver de faute.Les accidents au squash sont assez fréquents, puisque les adversaires partagent le même espace de jeu. Si vous êtes joueur de squash, vous devez savoir que...

J’aime ma femme mais elle veut me quitter : que puis-je faire ?

Votre conjoint veut divorcer mais vous souhaitez sauver votre couple ? Les situations dans ce cas sont nombreuses. Peut-on juridiquement empêcher un divorce ? Quels sont vos droits réels face à une demande de séparation unilatérale ? Comprendre les mécanismes...

OFFRE EMPLOI – Collaborateur(trice) Senior en Droit des Affaires à Bordeaux

La société d'avocats Elige Bordeaux recruteun(e) collaborateur(trice) Senior en Droit des Affaires.La société d’avocats Elige Bordeaux, située au coeur de Bordeaux, fait partie d’une société inter-barreaux pluridisciplinaire ancrée sur l'ensemble du territoire de la...

En cas de divorce, la personne ayant le moins de revenu a-t-elle le droit à une prestation compensatoire ?

Le divorce entraîne souvent des bouleversements financiers importants, notamment lorsqu'il existe un écart de revenus significatif entre les époux. Vous gagnez moins que votre conjoint et envisagez une séparation. Vous vous interrogez sûrement sur vos droits...

Sous-traitance notariale : ce qui est (vraiment) autorisé en 2026

Le 10 novembre 2025, le Conseil d'État a définitivement validé l'article 2.2 du règlement professionnel du notariat, qui encadre strictement la sous-traitance des activités notariales. Cette jurisprudence met fin à plusieurs années d'incertitude et répond en grande...

Sous-location illégale, quel risque pour Airbnb sur sa plateforme ?

Le 7 janvier 2026, la Cour de cassation a rendu un arrêt jugeant que la société Airbnb n'avait pas la qualité d'hébergeur Internet car elle jouait un rôle actif à l'égard des utilisateurs.Cette décision a fait l'objet d'un communiqué de presse, ce qui signifie que la...

Bulletin Elige – Numéro 11

Découvrez le bulletin Elige n°11consacré à nos avocats en droit de la santé et réparation du préjudice corporel (victimes d'erreurs médicales).Au sommaire de ce nouveau bulletin, on retrouve :PAGE 1Découvrez les avocats des sociétés Elige intervenant en droit de la...