Les situations dans ce cas sont nombreuses. Vous aimez votre femme mais elle veut vous quitter. Il est douloureux de voir partir l’être aimé, mais comprendre les mécanismes de la séparation est essentiel pour affronter la réalité juridique. Voici ce que la loi prévoit lorsque la rupture devient inévitable malgré vos sentiments.
Puis-je l’empêcher de me quitter ?
Non, il est possible de divorcer sans l’accord du conjoint. La loi française ne vous permet pas de la retenir à la maison sans son accord (il en est de même en cas de Pacs ou de vie en concubinage) et donc de maintenir les liens du mariage.
En cas de refus de votre part, 2 solutions qui ne nécessitent pas votre accord s’offriront à elle :
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- Le divorce pour faute, pour lequel il lui appartiendra de démontrer la violation grave ou renouvelée des obligations de mariage (violences physiques ou morales ou encore d’abandon du domicile sans raison valable).
- Le divorce pour altération définitive du lien conjugal qu’elle pourra réclamer en justifiant de la séparation effective de la vie commune. L’altération définitive du lien conjugal résulte de la cessation de la communauté de vie entre les époux, lorsqu’ils vivent séparés depuis un an lors de la demande en divorce.
Ces 2 solutions nécessitent la saisine du Tribunal.
Elle ne perd aucun droit
La prestation compensatoire
Votre épouse, même fautive, sera en droit de solliciter une prestation compensatoire. La décision unilatérale de vous avoir quitté ne change strictement rien. La prestation compensatoire est indépendante des torts. Le juge retient uniquement les critères tenant notamment aux revenus et charges de chaque époux, la durée du mariage, l’âge des époux, leurs droits respectifs à une pension de retraite, etc.
Il a été jugé que si l’époux ressent vivement les fautes commises par son épouse, les textes ne commandent cependant pas de le dispenser du versement d’une prestation compensatoire. L’abandon du conjoint bafoué, ne sauraient en équité priver votre épouse pourtant fautive d’une prestation compensatoire. Le juge peut toutefois la refuser à l’époux exclusivement fautif qui la demande mais c’est très rare.
Elle peut être supprimée si précisément l’équité le commande au regard des circonstances particulières de rupture. Par exemple, la jurisprudence l’a refusée à une épouse qui se désintéressait de ses enfants et ne faisait pas d’effort pour trouver du travail.
Les enfants mineurs
L’époux ne perd aucun droit sur ces enfants. Il devra être appliqué la volonté commune parfois bien difficile en pratique.
Il conviendra donc rapidement de saisir le Juge aux affaires familiales.
Autres conséquences
D’abord, les conséquences fiscales, il est à préciser que votre femme pourra déclarer ses impôts séparément à compter de la date de la séparation effective, l’administration fiscale ne réclamant pas une décision de justice.
Puis sur le nom marital, votre épouse pourra également conserver votre nom avec votre accord ou démontrer un intérêt particulier autre que celui de porter le même nom que celui des enfants. La meilleure chose à faire est soit de tenter des thérapies de couple soit d’accepter sa décision avec grâce.
La seule compensation : des dommages et intérêts
Seule une procédure en divorce pour faute vous permettra de faire juger par le Tribunal que la séparation est de son seul fait. La seule conséquence d’une telle décision est l’allocation éventuelle à votre profit de dommages et intérêts mais encore faut-il prouver les conséquences d’une particulière gravité du fait de la dissolution du mariage et l’existence d’un préjudice moral différent de celui découlant du divorce.
La preuve d’une relation adultérine n’est pas suffisante, ce grief ne suffisant pas à prouver que le divorce en lui-même entraînera de graves conséquences. Vous devez prouver un sentiment de trahison, un traumatisme suite à des violences conjugales, un préjudice moral lié à des convictions religieuses, une dépression morale liée à un sentiment de chagrin, en synthèse tout préjudice d’ordre essentiellement moral qui suit le divorce, mais qui n’en est pas à l’origine.
Auteur de l’article
Jean Valière-Vialeix
Avocat associé à Elige Limoges
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