Vous avez été blessé au squash ? Vous avez désormais une vraie chance d’obtenir réparation sans prouver de faute.
Les accidents au squash sont assez fréquents, puisque les adversaires partagent le même espace de jeu.
Si vous êtes joueur de squash, vous devez savoir que la Cour de cassation vient de changer les règles du jeu, en cas de blessure sur le court, dans un arrêt du 27 novembre 2025 (Cour de cassation, civile, Chambre civile 2, 27 novembre 2025, 24-12.045, Publié au bulletin).
Le piège de la « garde collective »
Jusqu’à présent, les cours d’appel opposaient au jour blessé un argument implacable. Les joueurs étaient tous deux (en France il existe très peu de courts destinés à jouer en double) en « cogardiens de la balle ». Traduction ? Aucune responsabilité, aucune indemnisation. Vous aviez beau être gravement blessé à l’œil, le droit considérait que vous aviez accepté le risque en pénétrant sur le court.
Suivez la raquette, pas la balle
La Cour de cassation vient de casser cette jurisprudence établie. Son raisonnement est limpide : au moment du coup, le joueur adverse exerçait seul le contrôle de sa raquette. C’est donc lui le gardien de cet instrument—pas vous. Et comme la raquette est l’élément clé du dommage (elle projette la balle), sa responsabilité sans faute peut être engagée.
Résultat concret ? Vous n’avez plus besoin de prouver qu’il a commis une faute. Il suffit de montrer que sa raquette a causé votre préjudice
Trois conseils pour protéger vos droits lors d’une blessure au Squash
1. Documentez l’accident immédiatement
Demandez à un tiers présent de rédiger un procès-verbal. Notez les noms et coordonnées des témoins. Prenez des photos de vos blessures. Alertez rapidement votre assurance maladie. Ces preuves seront précieuses devant le juge.
2. Portez des lunettes de protection : c’est votre meilleure défense
Attention : la cour d’appel peut réduire votre indemnisation si vous n’aviez pas d’équipement de protection. Les fédérations de squash les recommandent fortement (elles sont obligatoires pour les mineurs en compétition). Ne jouez jamais sans.
3. Ne tardez pas à agir
Vous disposez de cinq ans (délai de prescription de droit commun, art. 2224 C. civ.) à compter de la date du dommage pour assigner en responsabilité. Passé ce délai, vos droits s’évanouissent.
La partie n’est pas finie
Tout n’est pas terminé pour autant. Etiez-vous bien positionné sur le court ? Auriez-vous dû quitter la zone de jeu ? N’aviez-vous pas les moyens d’esquiver ? Ces questions relèvent de ce qu’on appelle la « faute contributive ».
La décision crée aussi des inégalités bizarres : si vous êtes blessé par une prise de judo ou un contact corporel direct, vous êtes moins bien protégé. Pourquoi ? Parce qu’il n’existe pas de « responsabilité du fait des choses » pour le corps du partenaire. C’est l’un des défauts du droit français.
Auteur de l’article
Thierry Wickers
Avocat associé à Elige Bordeaux
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