Les arbres peuvent-ils plaider ?

17 Oct. 2024 | Elige Limoges, Infos

Une conférence-débat sur l’évolution du cadre juridique pour la protection des éléments naturels a eu lieu en présence de Me Jean Valière-Vialeix, avocat associé chez Elige Limoges.

Cet article, publié le 10/10/2024, est extrait du site de la cours d’appel de Limoges : lien en bas de page.

Le jeudi 26 septembre, la Cour d’appel de Limoges a organisé une conférence-débat animée par Madame Calmet, présidente du programme WILD Legal, Madame Nadaud, doyenne de la Faculté de Droit et des Sciences Economiques de Limoges, membre de l’Observatoire des Mutations Institutionnelles et Juridiques (OMIJ) et directire adjointe du Centre de Recherches Interdisciplinaires en Droit de l’Environnement de l’Aménagement et de l’Urbanisme (CRIDEAU) et maître Valière-Vialeix, avocat au barreau de Limoges, en présence des chefs de cour. Il s’agissait, à la lumière du droit comparé et du mouvement doctrinal qui se manifeste en faveur d’une meilleure prise en compte des droits de la nature, de réfléchir sur les avantages et inconvénients d’une reconnaissance de certains éléments naturels en tant que parties représentées aux instances concernant le droit de l’environnement.

La conférence a débuté par une intervention de madame la procureure générale, qui a exposé la politique pénale menée par le parquet en matière environnementale.

Monsieur le premier président à quant à lui rappelé que l’origine de cette doctrine visant à accorder des droits aux éléments naturels provenait de l’engagement du juriste américain Christopher Stone, auteur en 1972 d’un article destiné à contrer un projet qui menaçait une forêt de séquoias, et proposait d’accorder des droits aux arbres. Il a également souligné que, bien que les associations de défense des éléments naturels puissent intervenir au cours d’instances judiciaires en raison de leur personnalité morale, leurs intérêts ne coïncident pas toujours avec ceux de la nature elle-même. Enfin, le premier président a indiqué qu’une telle évolution du droit nécessiterait de régler des problèmes juridiques pratiques tels que le choix de l’avocat représentant une forêt ou un fleuve, sa rémunération, et l’identification du bénéficiaire des éventuels dommages et intérêts obtenus dans ce cadre.

Marine Calmet a présenté le travail de Wild Legal, un incubateur juridique soutenant la reconnaissance des droits de la nature. Selon elle, l’octroi de la personnalité juridique aux entités naturelles telles que les arbres ou les écosystèmes permettrait une protection plus spécifique et mieux adaptée aux besoins des écosystèmes en danger. Cependant, plusieurs obstacles subsistent. Certains juristes estiment que le droit de l’environnement est déjà suffisant, tandis que d’autres craignent des conflits entre les droits des êtres humains, des personnes morales et des entités naturelles. Elle a également présenté l’évolution de la protection des droits de la nature dans d’autres Etats, comme la République de l’Equateur, qui, en septembre 2008, est devenue le premier pays au monde à incorporer dans sa constitution les droits de la nature. Madame Calmet a fait le point sur les initiatives en cours en France, comme celle des droits de l’estuaire de la Gironde, projet porté par des étudiants qui a fait l’objet d’un partenariat avec Wild Legal. Il reflète l’intérêt grandissant pour ces questions au sein de la société civile, des institutions universitaires et des juridictions.

Séverine Nadaud, doyenne de la Faculté de Droit et des Sciences Economiques de Limoges, a ensuite pris la parole pour expliquer que le cadre juridique français repose sur une distinction traditionnelle ente les sujets de droit, les personnes physiques et morales, et les objets, les biens, y compris les éléments naturels. Elle a indiqué que le droit de l’environnement actuel assurait une certaine protection de ces éléments, mais qu’elle pouvait être considérée comme insuffisante. Un parallèle pouvant être fait avec la protection des animaux qui s’est vue renforcée par une politique pénale répressive à l’égard de la maltraitance animale.

Maître Jean Valière-Vialeix a quant à lui détaillé les dispositions actuelles du droit qui permettent déjà d’assurer une protection des éléments naturels, comme par exemple les règles d’urbanisme qui permettent de classer des arbres comme remarquables ou encore la reconnaissance d’un préjudice écologique. Il a également abordé les aspects procéduraux qui devront faire l’objet d’une adaptation dans le cas où les éléments naturels se verraient reconnaître des droits, comme la désignation de leur représentant ou l’indemnisation du préjudice.

Le débat s’est conclu sur la nécessité de repenser notre cadre juridique face aux enjeux climatiques et environnementaux actuels. Les juges français sont-ils prêts à s’engager dans cette voie novatrice, à l’instar de ce qui s’est produit dans d’autres pays ?

Pour consulter l’ouvrage hors-série de l’Agence Française de Développement relatif aux droits de la nature, cliquez-ici.

Pour retrouver la source de l’article ci-dessus, cliquez-ici.

Photo de Jean Valière-Vialeix, avocat Elige Limoges

Avec la participation de

Jean VALIERE-VIALEIX
Avocat associé à Elige Limoges

0 commentaires

Soumettre un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Notaires et conflits d’intérêts : comment protéger votre office du risque pénal

Une récente décision de la Cour de cassation transforme le simple conflit d'intérêts notarial en un délit pénal de prise illégale d'intérêts. Décryptage de cet arrêt majeur du 21 janvier 2026 et des actions immédiates à déployer pour sécuriser votre étude.Un risque...

Fraude au paiement par téléphone : à la fin, qui paie la facture ?

Vous avez donné votre numéro de carte pour réserver un hôtel et avez été débité à tort ? Bonne nouvelle : la Cour de cassation vient de renforcer la protection des consommateurs face aux fraudes.Donner son numéro de carte bancaire par téléphone pour réserver une...

La servitude de passage : comment ça fonctionne ?

La servitude de passage est un droit réel encadré par le Code civil qui permet au propriétaire d'un terrain enclavé d'accéder à la voie publique en traversant la parcelle d'un voisin. Comprendre ses fondements juridiques, les modalités de sa création et les...

Blessure au Squash : du court à la cour, qui est responsable ?

Vous avez été blessé au squash ? Vous avez désormais une vraie chance d'obtenir réparation sans prouver de faute.Les accidents au squash sont assez fréquents, puisque les adversaires partagent le même espace de jeu. Si vous êtes joueur de squash, vous devez savoir que...

J’aime ma femme mais elle veut me quitter : que puis-je faire ?

Votre conjoint veut divorcer mais vous souhaitez sauver votre couple ? Les situations dans ce cas sont nombreuses. Peut-on juridiquement empêcher un divorce ? Quels sont vos droits réels face à une demande de séparation unilatérale ? Comprendre les mécanismes...

OFFRE EMPLOI – Collaborateur(trice) Senior en Droit des Affaires à Bordeaux

La société d'avocats Elige Bordeaux recruteun(e) collaborateur(trice) Senior en Droit des Affaires.La société d’avocats Elige Bordeaux, située au coeur de Bordeaux, fait partie d’une société inter-barreaux pluridisciplinaire ancrée sur l'ensemble du territoire de la...

En cas de divorce, la personne ayant le moins de revenu a-t-elle le droit à une prestation compensatoire ?

Le divorce entraîne souvent des bouleversements financiers importants, notamment lorsqu'il existe un écart de revenus significatif entre les époux. Vous gagnez moins que votre conjoint et envisagez une séparation. Vous vous interrogez sûrement sur vos droits...

Sous-traitance notariale : ce qui est (vraiment) autorisé en 2026

Le 10 novembre 2025, le Conseil d'État a définitivement validé l'article 2.2 du règlement professionnel du notariat, qui encadre strictement la sous-traitance des activités notariales. Cette jurisprudence met fin à plusieurs années d'incertitude et répond en grande...

Sous-location illégale, quel risque pour Airbnb sur sa plateforme ?

Le 7 janvier 2026, la Cour de cassation a rendu un arrêt jugeant que la société Airbnb n'avait pas la qualité d'hébergeur Internet car elle jouait un rôle actif à l'égard des utilisateurs.Cette décision a fait l'objet d'un communiqué de presse, ce qui signifie que la...

Bulletin Elige – Numéro 11

Découvrez le bulletin Elige n°11consacré à nos avocats en droit de la santé et réparation du préjudice corporel (victimes d'erreurs médicales).Au sommaire de ce nouveau bulletin, on retrouve :PAGE 1Découvrez les avocats des sociétés Elige intervenant en droit de la...